Q U I N Z I E M E_ S E A N C E

 

Séance courte mais solide.

R.I.F., de Franck Mancuso
Recherches dans l’Intérêt des Familles.
Sigle policier stipulant la disparition d’une personne majeure.

Classique, cette fois encore on se croit obligé de placer une scène d’ouverture hyper violente : Le capitaine Stéphane Monnereau, de la PJ parisienne, commet une faute lourde (mort d’homme) et se voit confisquer son arme de service pour expertise. Surexcité, il emmène sa femme et son garçon de six ans en vacances au fin fond de la Lozère. En plus de ses déboires professionnels, son couple ne va pas terrible, et il compte sur cet entracte campagnard pour le sauver.
En route, il heurte le bas-côté en voulant éviter d’emboutir  un sanglier. Sa voiture ne redémarre pas ! Sa femme fouille sous la banquette, à la recherche d’un objet pour leur fils, et se blesse légèrement. Ils se résignent à faire du stop. Un pick-up s’arrête. Le conducteur accepte de les emmener tous les trois à une station relativement éloignée. Celle-ci ressemble à celles qui hantent les films américains : perdue aux confins d’un paysage désertique. C’est gris, c’est triste, et il y a peu de personnel et de passage. Le type du pick-up s’intéresse un peu trop à la femme de Monnereau. En limite d’imploser, ce dernier l’engueule. L’autre s’en va. L’OPJ part à son tour avec son fils sur une dépanneuse. Il n’y a pas de place pour emmener sa femme, qui se résout à patienter à la station. Ce qui ne semble pas une chose à faire, vu l’endroit ! Leur voiture est dépannée. Okay, ça repart. Mais lorsqu’ils reviennent à la station, la femme est disparue. Monnereau la recherche aux alentours. A bout de nerfs, il doit se résigner, sa femme est introuvable…
Un souffle, pour souligner que cette mise en situation m’a aussitôt fait songer au film «Breakdown», avec Kurt Russel. Ce qui n’est pas un reproche…
La gendarmerie du secteur est alertée de cette disparition. L’officier en chef est interprété par un Pascal Elbé impeccable. Dualité, domination. Merde à la procédure, versant flic. Respect de celle-ci, versant gendarme.
Le hic, c’est qu’on trouve du sang dans la voiture, celui de la femme. Nouveau hic, c’est que Monnereau n’est pas un mouton blanc. A la limite, on le suspecte. « Mais c’est ma femme ! », s’exclame-t-il, outré, justifiant ainsi son refus de la légalité. Il enquête en parallèle, usant, abusant de sa carte tricolore. Le gendarme l’aide bon gré mal gré, ainsi qu’un ami policier. Les fausses pistent défilent. L’OPJ s’assombrit. Le gamin dépérit. La sœur de la disparue vient à la rescousse…
La fin s’avère réaliste et l’explication, bien suffisante.
L’intérêt de ce polar sombre, à suspense, magnifiquement interprété, sobrement filmé dans un décor minimaliste (une réussite, à mes yeux), réside dans le jeu d’Yvan Attal en Monnereau. Aussi, dans l’affrontement entre les deux fonctionnaires (honnêtes) qui représentent à leur façon, et dans le contexte, chacun leur « Maison ».
Il m’a semblé entrevoir la mère de Patrick Dewaere dans un petit rôle.
Par moments, Yvan Attal m’a fait penser à un Al Pacino à la française.
Quant à la musique de Louis Bertignac, sa première bande originale pour le cinéma, ses riffs de guitare m’ont transporté dans un road movie mémorable.
Un film solide et angoissant.
A mon avis, réussi.

 

Roland Sadaune

Entracte…


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